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Gabriel Bonmati est un peintre aujourd'hui placé sous le signe de la
femme. Elle est à la fois l'élément moteur et central de toute sa
production depuis près de 20 ans. Qu'il recherche, réinvente ou
recompose une toile, elle reste là, elle séduit. Rêve de beauté,
rêve des temps jadis où ces femmes se devinaient si belles dans leur
retenue. On dira de Bonmati qu'il pousse la fidélité jusqu'au
vertige . Car même lorsqu'il semble d'abord s'attarder à une nature
morte, il ne l'omet jamais. Elle épouse les éléments du décor, elle
devient elle-même décor, mais toujours elle demeure.
Gabriel Bonmati a trouvé son langage, celui de la séduction. Il
peint les femmes comme Ronsard les décrivait. Le caractère constant
de l'évidente beauté de ces femmes est le résultat d'une recherche
orientée sur l'aspect sculpturale de celles-ci. Très tôt l'approche
de Bonmati prend sa source dans l'influence de l'oeuf alchimique.
Son approche figurative picturale se tourne vers l'étude de la forme
parfaite, la forme ovoïde. Femmes parfaites, rêves de femmes,
l'artiste nous amène à vivre au milieu de ses scènes suspendues dans
le temps.
Bonmati reprend inlassablement les mêmes canons de l'esthétique,
conclusion d'une, quête perpétuelle de la perfection plastique . Par
sa démarche singulière, on assistera à la naissance de centaines de
femmes nuancées, enfantées dans des temps et des espaces différents.
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Toute son oeuvre est imprégnée à la fois de la pérennité de la femme
de ce relent du passé. Au-delà des belles et blanches dames, un coin
de paysage, le pli d'un drapé, un temps d'arrêt pour reprendre son
souffle avant l'arrivée du preux chevalier. Souvent présent, mais
combien peu combatif . Imperturbable, elle attend, esquissant une
ombre de sourire et l'artiste par sa composition nous amène à vivre
aussi cette attente . Certes, toujours sereines mais énigmatiques,
ses femmes sont d'une immatérielle beauté. On sent chez Bonmati
cette poursuite de la perfection par l'intermédiaire de ces visages,
une idéalisation de la femme et de la vie de ces époques aujourd'hui
révolues.
Un voile se déchire, un décor apparaît. Les éléments qu'il met en
place, ce dont il vêt ses femmes, ses brocarts, mosaïques, fleurs,
lourdes coiffes et chatoyants bijoux, ses transparences, son
harmonie savante des couleurs et ses constructions ordonnées, son
imperturbable volonté de style est sensualisée par le regard de
celui qui s'y attarde. Installé au Québec depuis 1969, il a un pied
sur trois continents. Depuis l'Afrique, l'Europe et l'Amérique,
toute sa vie fut nourrie de cultures et d'histoire. Ce patrimoine
culturel fait bien plus que l'inspirer, il l'habite entièrement.
Mais quel modernisme dans sa facture, quel sublime mélange de passé
et de présent. Bonmati homme multi-culturaliste, peintre sans
frontière, suggère un univers où l'imagination s'attarde à tous ces
éléments empruntés au temps et à l'histoire.
Perfectionniste dans sa démarche picturale, Gabriel Bonmati est
aussi animé par un sentiment poétique. C'est de là aussi que son
oeuvre s'impose à nous. Chacune des toiles de Bonmati porte son
titre. Il est l'élément final du tableau. Ce fragment de prose, il
faut le découvrir au revers d'un pli, au centre de ces tissus
minéraux, mais il demeure toujours présent dans la toile. Ces
courtes phrases, le peintre ne les emprunte pas, il les invente. Par
elles, il ne tente pas de passer aucun message si ce n'est l'appel
de la sérénité. Le dessin de Bonmati ne vaut non seulement pour la
pureté de ses personnages ni par son pouvoir de suggestion, mais
aussi par une sorte de rêverie, de divagation vers des temps
révolus.
Marie-France Bégis
Magazin’Art
The artist's worid. A ritual expression, one that covers everything,
out of habit. It gives one the feeling that everything is settled,
it's all there, that it can all be ex-plained. A Cartesian illusion,
at least when applied to a true artist.
Gabriel Bonmati's world is both familiar and elusive, ac-cessible to
the most cursory glance and withdrawing beyond the ultimate, dazed
incompréhension. Infinite. Always speilbinding.
Because Bonmati
the artist is syn-thesis, his world is synthesis. The man as well.
The man above all. The crucible of the vigorous civilizations that
have crossed. imbibed, moulded - or better, kneaded, him.
His youth in
Morocco gave him his slow swaying gait, the same tranquil depth to
his gaze with which the R'Gibat nomads survey the immensité of the
Sahara and the twisted features of the Anti-Atlas. The unrestrained
poses, head bowed, listening to a f riend, the nonchalant gesture
holding a cigarette or a tiny coffee cup. He savours. The strong
coffee. The passing moment. He likes them strong too, each
succeeding instant. He demands fullness. Constantly.
France shaped him
through éducation. Through his roots he is predisposed to her. To
her proud, secular values, the depth of culture reflected in the
carriage of his head, the delicacy of his humour and his serene
smile. And also in his swift, sure judgment.
He rediscovered
immensité in Quebec. In all areas, in all strengths. The immensité
of la Belle Province com-plements the depth of his Dictures and
compounds the vastness of their spaces.
A triple identity.
A combination of influences which, by
a remarkable
coïncidence, are also those of Morocco itself:the Sahara, the
Mediterranean and the Atlantic. He discards nothing. He accumulâtes.
The mosaic is im-pressive. Because of its diversity, balance, the
fineness of its nuances. The comparison with a page of Rilke is
irrésistible, requiring only the substitution of painting words for
poetry ones:
"Before you can
write a single verse, you must have seen many cities, people and
things, you must know the animais, you must feel how the birds fly
and know the gesture with which the littie flowers open in the
moming. You must be able to remember traits in unknown regions,
unexpected encounters and long-anticipated departures, - childhood
days still shrouded in mystery (..) childhood illnesses that begin
so strangely with so many profound, momentous changes, days in
silent, hidden rooms and momings by the sea, the sea itself, seas,
nightjoumeys which fly by high up with all the stars, - and even
that is not enough, if you can think of ail that. You must have
memories of many nights of love, each unlike the other, the cries of
women in childbirm, and the bodies of light, white, sleeping mothers
closing again after the birth. (..) And even having memories is not
enough. You have to be able to forget them, when there are too many
and have the great patience to wait until they come again. For the
memories themselves are stili not it. Only when they become one with
our own flesh and blood, glance and gesture, nameless and
indistinguishable from ourselves, only then can it happen that in a
rare hour the first word of a verse rises from their midst...
All of Bonmati is
there.
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