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Der
ne fait que ça : observer… et peindre ce qu’il observe. Dans le
petit restaurant français où nous dînions, il regarde et dit :
« Regarde autour, on pourrait faire plusieurs tableaux ici. Je n’ai
pas mon calepin, mais regarde cette jolie fille, elle a de
magnifiques mains, de grands doigts et une pose tout à fait
remarquable. » Il n’avait pas besoin de me dire que c’était, avec
l’allure générale des personnages et qui sont terminés par
d’immenses mains qui appuient, se croisent, grattent et reflètent à
elles seules toutes les personnalités. La très belle tête de cette
belle Martiniquaise ne l’avait pas distrait de son centre
d’attraction préféré. « Et ces deux amoureux, ils sont bien sérieux,
j’aimerais bien savoir ce qu’ils se disent. Ça en vaut sûrement la
peine. » Je n’avais vu qu’un couple en train de dîner. « Quand on
s’arrête et qu’on observe bien, dit-il, on voit beaucoup de choses
et on peut voir les différences, saisir les personnalités. Je
pourrais faire la différence entre un Néo-Écossais et un
Terre-Neuvien, rien qu’à les regarder! »
Ces
scènes de la vie quotidienne, on les retrouvera peut-être dans un
des prochains tableaux de John Der, vues à travers son œil un peu
caustique, un peu ironique, non pas de vraies caricatures, mais sa
vision personnelle et impressionniste de la vie de tous les jours.
Curieusement, il assimile facilement ses tableaux pleins de
personnages à des paysages. Il compare ses personnages à des arbres,
et les lignes de ses tableaux ne sont là que pour capter
l’impression, l’atmosphère. Son œil, comme ses tableaux, est, comme
lui, bon enfant.
Ce
qu’il traduit dans ses personnages est toujours caractéristique :
des scènes accentuées, des tranches de vie transposées avec humour.
Der
ne cherche pas à se moquer, il transpose dans ses œuvres une vision
personnelle. Nos amis anglais diraient « tongue in cheek », ce qui
traduit bien cette vision si particulière. Ses œuvres ne déclenchent
pas le rire, mais un sourire et on a le goût de dire : bien observé,
mon cher Der!
Les
groupes qu’il observe déterminent souvent la composition des
tableaux. Si l’œil est attiré par le groupe, il faut aussi regarder
tous les détails; ce sont eux qui font la force de l’œuvre. Des
personnages souvent sans détail dont les volumes suffisent à créer
l’ambiance et à donner sa vision de la société qu’il dépeint. Mais
souvent, des détails apparaissent comme pour accentuer le réalisme :
une bouteille de Molson Export, une boîte de Tide, un sac de
Steinberg.
Der
n’est pas sculpteur mais on n’est pas surpris le moins du monde de
retrouver au Balcon d’Art, un petit bronze, un exemplaire unique, où
les dos courbés de ses personnages caractéristiques, amples, qui
tournent le dos à l’observateur, rappellent un caucus. On ne
pourrait pas entendre les secrets ou la stratégie qu’ils
s’échangent. On dirait que cette sculpture est là pour confirmer que
sa peinture est sculpturale, généralement esquissée, juste assez
pour laisser deviner la forme.
Les
enfants occupent une place prépondérante, mais on dirait qu’ils sont
là comme faire-valoir, pour souligner les travers des adultes. À
propos de cette évidente prédilection, Der a ce commentaire
savoureux qu’il transpose souvent dans ses illustrations d’enfants :
« Un enfant qui imite un adulte est bien plus drôle que celui qu’il
imite! »
Ce
merveilleux sens de l’observation, cette vision personnelle de la
société sont extraordinairement séduisants et nous offrent
d’heureuses éclaircies dans le monde terne où nous vivons. Vous
aurez peut-être la chance de le voir exercer; il n’aime rien de
mieux que de participer à des symposiums comme celui de Baie-Comeau
qu’il fréquente depuis plusieurs années. Mais attention, s’il aime
rencontrer son public et recevoir ses commentaires, vous risquez
vous aussi d’être l’objet d’une de ses perspicaces
observations-tableaux.
Grâce
à Multi Art qui se charge de la diffusion de ses œuvres, John Der
vit de son œuvre qu’on peut voir dans de nombreuses galeries de tout
le Québec et du Canada où il se retrouve aux côtés de Paul Tex Lecor,
de Littorio Del Signore, de Normand Hudon et autres de la même
écurie.
Bernard Théoret
(Magazin’Art,
5e Année, No 3, Printemps 1993)
John
Der left us at the beginning of the year. Too soon, we hasten to
add. An engaging man and an artist of great sensitivity. John Der
often painted characters rather like himself. They are friendly
giants with ham hock hands, all seemingly sketched live by a
raconteur of sorts whose great talent we are only beginning to
appreciate.
The
artist is gone, but his work remains. John Der left us incredible
number of paintings, of which many already belong to collectors
attracted by his unique way of translating daily life to the canvas.
John
Der created his own country fairs. He painted a kind of rural life
that mixed youngsters, parishioner, animals, an habitants, in other
words, a veritable fresco of types, customs and activities
representative of the likeable yet gritty world that is Quebec. The
bulk of his work is somewhat reminiscent of a certain Ruben’s
masterpiece exhibited at the Louvre in which the notions of movement
and liberty are fully exploited.
John
Der had a quality rarely found in artist here- a sense of humour! In
a genre that verges on debauchery, he remains smiling and friendly.
His paintings deal with daily task, occupations and pastimes which
are the fruit of his observations and knowledge of the rural way of
life, which may be real but remains strange to the many urbanites
among us.
Der’s
art stands our from the conventional, mawkish art which many Quebec
painters produce, e.g. dull landscapes, insignificant still life’s,
pompous characters and, in the case of abstract art, anaemic
schemas. Generally speaking, our artistic milieu is too stiff, too
timid, too uniform. Our society suffers from a certain moroseness
which makes the Juliens, La Palmes, Hudons, Chapleaus look
revolutionary. They actually laugh, criticize and enjoy themselves!
At
first glance, Der’s compositions show common, larger than life
figures in compact, glutinous groups. His characters are embraced,
attached, grabbed. They have real « mugs » rather than faces. Their
hands are bloated; their feet, shod in clogs. These people bend
their elbows, stuff their face, chew the fat… Their heads sport a
shock of hair or a wig, as well as skull caps, berets, cloches,
bonnets, helmets, caps and tuques. Their bodies are imposing and
their gestures work with the force of gravity. Whatever the
circumstances. Der’s characters appear in pastel tones that make the
viewer forget the medium is oil on Masonite.
Der’s
painting remind the viewer of sculptures. The influence of the
sculpture likely comes from the artist’s studies with John Byers.
However, Der remained a marvellous drawer for whom line structured
each scene. His is a supple, sensitive, omnipresent line.
Born
in Canora, Saskatchewan, John Der hung his hat on many a hook across
North America and rubbed shoulders with many characters. After
living for a while in Toronto, he enrolled in the merchant marine
and sailed the Great Lakes and beyond. He got married in Montreal,
where he worked in caricature and comics before studying at the
Montreal Museum of Fine Arts. There John met Arthur Lismer, Marian
Scott and Jacques de Tonnancour. Colourful, like La Palme and Hudon,
Der was often invited to take part in television programs.
Der
lived in Rosemere, north of Montreal, where he supported his family
by working as a agent and broker. During a trip to Florida in 1982,
he decided to devote himself full-time to painting.
The
value of an artist is often judged according to the memories and
names that he/she evokes. In this case, the artist lead us not to
the impressionists or European landscape artist, but rather to
Bruegel l'Aine, Bosch, Callot, Daumier, Rowlandson (British) Kokusai
(Japanese) Benton and Cadmus (American) end even Picasso. If the
analogy were continued, Rabelais’ name might crop up!
In
other words, Ser was not the artist painting old houses, barns,
fences, churches or ruin. His art has always been current and
realist. John Der saw Quebec as it is : alive, tender, passionate
and always true. He also managed to season his work with finesse and
lucidity.
Paul
Gladu
Magazin’Art Fall 1996 |