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Quand Claude Langevin m’a expliqué le chemin de sa maison, je n’ai pu m’empêcher de penser aux paroles de Reggiani: «Vous continuez tout droit/Jusqu'à un fleuve blond/ Qui s'appelle la Loire/ Les yeux couleur de sable/Vous le prenez à gauche/ Et puis à droite, et puis tout droit/ Et quand vous êtes là/ Quand vous êtes là/ Demandez la maison/ Tout l'monde nous connaît/ Vous n'pouvez pas vous tromper.»

 

La rivière ne porte pas le même nom, elle s’appelle Noire comme le lac. J’ai donc rencontré un homme qui veut, comme le chanteur, exprimer par ses œuvres la même poésie et proclamer la même affection pour son coin de pays et pour les gens qui l’habitent.

 

On le sent, entre Claude Langevin et Saint-Jean-de-Matha, s’est nouée depuis longtemps une indéfectible liaison. Pourtant l’artiste a parcouru de vastes portions de cette planète à la recherche de lieux à peindre, il a vécu ailleurs aussi, mais ses itinéraires l’ont toujours ramené vers cette terre.

 

 

 

En amant de la nature, ce retour aux sources l’inspire. Il explore les moindres recoins de la région son carnet de croquis dans la poche. À l’exemple de Tom Thomson ou de Clarence Gagnon qu’il admire, il aime travailler à l’extérieur reproduisant en toute spontanéité des scènes de la nature et du terroir.

 

Mais, pour cet artiste au sommet de sa carrière, avant d’atteindre la tranquille sérénité d’aujourd’hui, la route n’a pas toujours été facile. Cependant la ténacité, l’effort et la volonté de réussir viendront à bout de bien des embûches.

 

D’abord l’époque joue contre lui. Né en 1942, il est d’une génération où devenir peintre n’est pas bien vu, surtout dans la famille d’un médecin. N’étant pas du genre à se défiler, il va jusqu’à entreprendre ses études en médecine. Il relate qu’il met parfois ses talents à profit en traçant pour ses compagnons leurs dessins pour les travaux de biologie. Mais il n’est guère heureux. Il abandonne ses études et travaille pour un cousin qui réalise des toiles bon marché vendues chez les marchands de meubles comme éléments de décoration. C’est une dure école dont il a su retenir des leçons: par exemple, cette rapidité d’exécution qui lui sert encore aujourd’hui quand, dehors par temps froid, il lui faut saisir dans une ébauche les éléments essentiels d’un paysage.

 

Au cours des années 70, il commence à peindre ses propres œuvres. Il n’est donc pas rare que ses journées s’étalent sur 16 ou 18 heures: travail le jour, création le soir. Comme il se qualifie de travailleur et de bûcheur, ceci ne le rebute pas; il ouvre même des galeries d’art dans les centres d’achats.

 

Il se rend vite compte qu’il ne peut faire du commerce et peindre en même temps. Il vend les galeries à son ami, le regretté Denis Beauchamp. Ce dernier fondera ensuite Multi Art, agence à laquelle Claude Langevin sera parmi les premiers à confier la vente de ses toiles.

 

Ses expériences l’ayant amené à utiliser plusieurs techniques, il est cependant depuis longtemps revenu aux couleurs à l’huile appliquées au pinceau. Il se consacre aussi essentiellement aux paysages car il craint que ne pouvoir rendre aussi bien ce qu’il souhaite en abordant des sujets différents. «On ne peut être bon dans tout, dit-il.»

 

Évidemment je mets en doute ses paroles et je suis sûr qu’il ferait tout aussi bien dans le portrait ou dans la nature morte; mais ce que je devine, c’est que Claude Langevin est quelqu’un qui se voit difficilement enfermé dans un atelier à peindre des natures mortes. Il lui faut de l’air, de l’espace. Aussi, je ne suis pas surpris de l’entendre dire: «Il faut aller peindre dehors. La nature ne trompe pas. Rien ne jure dans la nature, peu importe la saison. Couleurs, teintes, nuances, toute la palette y passe. Peindre sur place, c’est la façon la plus fidèle de rendre compte de la beauté qui nous entoure.»

 

Claude Langevin est un artiste en pleine possession de ses moyens, sûr de lui, heureux de la voie qu’il a suivie. Son expérience lui permet de dire: «Avec le temps, on apprend à interpréter ce qu’on voit, à l’épurer pour ne conserver que ce qu’on aime tant dans la structure que dans les couleurs. On apprend à profiter de ce moment magique qui nous dit que tout est réuni pour faire une bonne toile. Attendre ou revenir plus tard ne donnera pas le même résultat.»

 

Vous ne manquerez pas de percevoir dans les toiles de Claude Langevin une part de cette quiétude que lui apportent la proximité de l’eau, la présence de ses chats et surtout la fidélité soutenue de ses vieux amis retrouvés dans son cher village.

 Michel Beauchamp, octobre 2004


When Claude Langevin explained to me the way to his home, Reggiani’s words came to mind: “you continue strait ahead/ up to a golden river/ Which is named la Loire/ sand-colored eyes/ you take it by the left side/ then a right, and then strait ahead/ and when you’re there/ When you’re there/ Just ask for the house/ everyone knows us/ You can’t go wrong.”

 

The river does not bear the same name, it is called Noire like the lake. I therefore met a man who wants, as a singer would, he wishes to express himself by his paintings and proclaim his affection for his land and his people.

 

We can feel the long since unfailing connection between Claude Langevin and Saint-Jean-de-Matha. Yet this artist has traveled a great deal throughout this planet, having lived elsewhere in a quest for places to paint, the roads always lead him back to his native land.

 

A true nature lover, he is inspired when he returns to his roots. Sketchpad in hand, he explores the regions’ every nook and cranny. Following in the footsteps of admired artists such as Tom Thompson or Clarence Gagnon, he loves to work outside, spontaneously reproducing scenes of nature and his native land.

 

Before attaining today’s tranquil serenity and pinnacle career,  the road ahead was not always easy. Nevertheless, his persistence, effort and will to succeed will overcome many pitfalls.

 

From the outset, the era is against him. Born in 1942, he is from a generation where becoming a painter is not very well seen, especially when coming from a doctors family. Not being one to duck out of it, he goes so far as undertaking medical school. He recounts that he sometimes used his talents to good account by sketching his companions biology home works. But he was hardly happy. He withdraws from his studies and works for a cousin producing low cost decorative paintings for furniture merchants. Having learned the hard way, he has retained a rapid execution to this day, very useful when outside in cold weather, where he must quickly seize the essential elements of a landscape.

 

During the 1970’s, he begins to paint his own paintings. Working by day and creating by night, it was not rare to have 16 or 18 hour days. Considering himself a hard worker, he is not deterred; he even goes as far as opening art galleries in shopping malls.

 

He quickly notices he cannot paint and run a business at the same time. He sells his galleries to his departed friend Denis Beauchamp. The latter having founded Multi Art, the agency which Claude Langevin is amongst the first to entrust the sale of his paintings.

 

His experiments having brought him the use of many techniques, nevertheless he has long since returned to brush applied oil colors. He is essentially dedicated to landscapes fearing not being able to render as well as he would with other subjects. Stating: “We can’t be good at everything”.

 

I doubt his words of course, I’m sure he would do just as well in portraits or still life. From what I can gather, Claude Langevin can hardly see himself as a recluse still life painter. He needs air and space. Consequently, it does not surprise me to hear him say: “ One must go outside. Nature does not deceive. Nothing clashes in nature, no matter what the season. Colors, tints, nuances, the whole palette is used. Painting on the spot is still the most faithful way to judge the beauty which surrounds us”.

 

His powers at their peak, Claude Langevin is self confident and content of the course he has taken. His experience permits him to say: “With time, we learn to interpret what we see, to refine it and preserve what we like most in the structure as well as in the colors. We learn to make the most of this magic moment when everything comes together to make a good painting. To wait or to come back later will not give the same result.”

 

His proximity to water, the presence of his cats and above all his faithful old friends in his dear village, all contribute to the tranquility and peace of mind in Claude Langevin’s paintings.

 

 

                                                                                                     

 Michel Beauchamp, October 2004


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